Deux pétitions, un règlement : ce que la réponse de la Commission change pour une petite structure
Deux pétitions, un règlement : ce que la réponse de la Commission change pour une petite structure
Deux campagnes ont demandé à la Commission européenne de bouger sur le règlement emballages, depuis les deux extrémités du marché. L'une est signée par des dirigeants de très grands groupes de l'agroalimentaire et des boissons. L'autre a été lancée par une artiste indépendante slovaque et a réuni plus de soixante-dix-sept mille signatures vérifiées. Seule la seconde a obtenu une réponse publique : la Commission a dit examiner le sujet et a recommandé aux États membres de s'abstenir d'infliger des amendes. Ce sont les organisateurs de la pétition eux-mêmes qui ont souligné les premiers que cette déclaration n'a aucune valeur juridique contraignante.
Cette phrase décide de ce qu'une petite structure doit faire cette semaine. Une recommandation sur les amendes n'est pas une suspension des règles — et, c'est la partie que presque personne n'a écrite, l'amende n'est de toute façon pas la voie par laquelle le contrôle atteint une entreprise dont le dossier documentaire est mince.
Ce qui s'est passé, et dans quel ordre
La pétition des micro-entreprises, 6 août 2026
La campagne a été lancée sur Change.org le 6 août 2026 par Jeanette Koňarčíková, artiste indépendante et micro-entrepreneuse slovaque, sous le titre Stop destroying EU micro-businesses: Immediate moratorium on cross-border EPR fees. Elle demande trois choses, dans ses propres termes : un moratoire immédiat sur les amendes REP et sur les obligations d'enregistrement transfrontalières ; un seuil de minimis à l'échelle de l'Union exemptant les vendeurs de petits volumes ; et un véritable guichet unique, « so no sole trader ever has to register separately in 27 different member states ». La page indique qu'une pétition formelle portant sur la même question a été déposée devant la commission PETI du Parlement européen le 5 août, la veille de l'ouverture de la campagne. Au 26 août 2026, le compteur affichait plus de 77 000 signatures vérifiées — un chiffre qu'il faut dater, parce qu'il bouge tous les jours.
L'autre pétition, à l'autre bout du marché
La comparaison qui vaut d'être faite n'est pas simultanée, et les dates comptent. Le 29 avril 2026, une lettre signée par des dirigeants de grands groupes de l'agroalimentaire et des boissons — Coca-Cola, McDonald's, Mondelēz, Kraft Heinz et Heineken parmi les noms rapportés — demandait aux institutions européennes de décaler certaines parties du règlement et d'en rouvrir d'autres, dont la restriction de l'article 5 sur les PFAS dans les emballages au contact des aliments, au motif que les méthodes de mesure n'étaient pas arrêtées. Elle a fuité en mai, a suscité une contre-lettre de plus de 150 organisations de consommateurs et de protection de l'environnement, et rien n'a été rouvert : le règlement est entré en application générale le 12 août 2026 comme prévu. Les deux demandes sont donc distantes de quatre mois, et ce qu'elles ont en commun compte plus que le calendrier. Le même texte a produit deux plaintes différentes — l'une sur une restriction difficile à mesurer, l'autre sur une charge d'enregistrement qui ne décroît pas avec la taille — et les deux décrivent un coût qui ne change presque pas selon qu'on vend cinq unités ou cinq millions. Un coût fixe est régressif. Aucune des deux pétitions ne plaide en morale, et nous non plus.
Ce qu'a répondu la Commission, 13 août 2026
La réponse n'est venue ni par une décision, ni par un acte délégué, ni par une communication formelle. Selon la mise à jour de la pétition du 13 août 2026, publiée alors que le compteur affichait 55 000 signatures, la Commission a répondu par des commentaires sur les réseaux sociaux, en indiquant examiner le sujet et en recommandant aux États membres de s'abstenir d'infliger des amendes. Les organisateurs ont ajouté eux-mêmes la réserve, et c'est la bonne : le contrôle relève indépendamment de chaque État membre, donc la déclaration n'est pas juridiquement contraignante et les autorités nationales ne sont pas tenues de la suivre. Elle ne crée aucun droit opposable devant un agent de surveillance du marché.
Une recommandation n'est pas une suspension
Ce qui reste dû
Trois choses se confondent ici : l'obligation, le contrôle et la sanction. La recommandation porte sur la troisième ; les deux premières sont intactes. Le règlement est en application générale depuis le 12 août 2026 et les obligations documentaires courent depuis cette date. Sur la principale, notre référentiel est sans ambiguïté, et c'est la seule affirmation réglementaire de cet article que nous garantissons pleinement : l'article 39(2) prévoit que la déclaration UE de conformité suit le modèle de l'annexe VIII, contient les éléments du module de l'annexe VII et est tenue à jour en continu. Notre guide de la déclaration de conformité reprend le document champ par champ, et le guide de la documentation technique de l'annexe VII couvre le dossier qui la soutient.
Pourquoi « pas d'amende » n'est pas la phrase qui vous protège
Voici ce qui change la lecture de l'actualité. L'amende n'est pas le premier instrument du règlement, et pour les manquements qu'une petite structure risque le plus, ce n'est pas l'instrument du tout. L'article 62, intitulé « Non-conformité formelle », organise une séquence graduée : lorsqu'un État membre constate que la déclaration UE de conformité n'a pas été établie, ou pas correctement établie, ou que la documentation technique de l'annexe VII est indisponible, incomplète ou erronée, il doit d'abord exiger de l'opérateur qu'il mette fin à la non-conformité. C'est une mise en demeure de corriger, pas une amende.
Lisez le paragraphe suivant du même article, cependant. Lorsque ce type de non-conformité persiste, l'État membre doit prendre toutes les mesures appropriées pour interdire la mise à disposition de l'emballage sur le marché, ou pour en assurer le rappel ou le retrait. Les amendes administratives de l'article 68 se rattachent à une autre famille de manquements — emballage excessif, formats interdits, réemploi et contenu recyclé. La sanction qui frappe une déclaration manquante n'est pas pécuniaire : c'est la perte du droit de vendre l'emballage, et une recommandation sur les amendes n'atteint pas cette branche de l'article 62. À savoir aussi : l'article 68(1) laisse aux États membres jusqu'au 12 février 2027 pour établir leur régime de sanctions. L'architecture de contrôle à laquelle renvoie la recommandation est, dans la plupart des pays, encore en construction.
La couche commerciale, elle, arrive plus tôt et n'obéit à la recommandation de personne. L'article 45 impose aux fournisseurs de plateformes en ligne d'obtenir les numéros d'enregistrement du producteur avant de lui laisser utiliser leurs services, et un distributeur ou un client B2B peut réclamer le dossier quand il le veut, parce que le sien en dépend.
Ce qui reste incertain, dit comme tel
La pétition demande un moratoire, un seuil et un guichet unique. Sur le premier point, quelque chose de réel est sur la table et n'a pas bougé : la proposition d'omnibus environnemental de la Commission du 10 décembre 2025, COM(2025) 982 final, suspendrait l'application de l'article 45(3) — l' obligation de désigner un mandataire pour la responsabilité élargie du producteur — jusqu'au 1er janvier 2035, pour les producteurs déjà établis dans l'Union qui vendent dans d'autres États membres. Elle laisse intacts les producteurs établis hors de l'Union, et l'enregistrement comme la déclaration demeurent. Elle a besoin du Parlement et du Conseil, et selon l'observatoire législatif du Parlement européen, les négociations au Conseil ont été interrompues après de fortes réserves d'une large majorité d'États membres. À ce jour, rien n'est acté.
Sur les deux autres demandes, il y a moins à rapporter. Un portail d'enregistrement unique à l'échelle de l'Union n'existe pas. Ce que le règlement prévoit est plus étroit et mérite d'être connu précisément : l'article 44(1) impose à chaque registre national de fournir des liens vers les autres registres nationaux, afin de faciliter l'enregistrement dans tous les États membres. Des liens entre vingt-sept registres ne font pas un guichet, et cette différence est tout le sujet de la pétition.
Les dérogations qui existent, et celle qui n'existe pas
« Il n'y a pas d'exemption pour les petites entreprises » est répété si souvent que la formule est devenue imprécise dans l'autre sens. Le règlement porte bien des dérogations pour les micro-entreprises, chacune définie par renvoi à la recommandation 2003/361/CE de la Commission dans sa version applicable au 11 février 2025, et deux d'entre elles concernent souvent un vendeur transfrontalier.
L'article 21 peut faire sortir de chez vous les obligations du fabricant. Un importateur ou un distributeur qui met un emballage sur le marché sous son propre nom ou sa propre marque est considéré comme le fabricant et assume les obligations de l'article 15 — mais lorsque cet importateur ou ce distributeur est une micro-entreprise et que la personne qui lui fournit l'emballage est située dans l'Union, le texte fait du fournisseur le fabricant aux fins de l'article 15. Pour un petit vendeur en marque propre qui achète chez un transformateur européen, c'est la différence entre tenir soi-même le dossier technique et pouvoir l'exiger d'un fournisseur qui détient déjà la donnée. Notre guide des importateurs d'emballages hors UE déroule les cas. L'article 29(13) écarte les objectifs de réemploi sous un seuil de volume, pour une année civile au cours de laquelle un opérateur a mis à disposition au plus 1 000 kg d'emballages sur le territoire d'un État membre et relève de la définition de la micro-entreprise — deux conditions, cumulatives.
Aucune des deux ne touche à l'enregistrement. L'article 44(2) impose aux producteurs de s'inscrire dans chaque État membre où ils mettent pour la première fois à disposition des emballages ou des produits emballés, et l'article 44(4) en fait une condition préalable et non une formalité : un producteur ne doit pas mettre d'emballage à disposition pour la première fois sur le territoire d'un État membre si lui-même, ou le cas échéant son mandataire, n'y est pas enregistré. Il n'y a dans cette phrase ni effectif ni chiffre d'affaires — c'est exactement le point que fait la pétition. Notre manuel de l'enregistrement des producteurs porte la mécanique pays par pays.
Pourquoi la facture d'une petite structure suit les pays, pas les produits
Nos demandes entrantes le disent mieux que n'importe quelle analyse. Sur les trente derniers jours, la demande la plus fréquente que nous ayons reçue ne portait ni sur la recyclabilité, ni sur les classes, ni sur la conception. Elle portait sur l'enregistrement dans plusieurs marchés, et sur qui le fait — huit demandes indépendantes en un mois. L'une réclamait des numéros d'enregistrement validés dans vingt-deux pays, pour vingt références produits. Une autre avait besoin des vingt-sept États membres avec moins de cinq cents références d'emballage. Une troisième se décrivait comme très petite, vendant environ huit produits, dont plusieurs partagent le même emballage.
La charge, dans ces cas-là, n'est pas proportionnelle au catalogue. Elle est proportionnelle à la carte. Une entreprise de huit produits qui expédie vers vingt pays rencontre plus de régimes nationaux, de registres, de formats de déclaration et de grilles tarifaires qu'une entreprise de quatre cents références qui vend dans un seul. La conséquence économique suit sans que personne ait à la plaider : quand le coût de la conformité sur un marché dépasse le chiffre d'affaires qu'on y fait, s'en retirer est rationnel, et des micro-entreprises retirent des destinations de leurs options de livraison depuis le mois d'août. C'est un constat, pas une recommandation — l'alternative au retrait est la conformité, jamais l'ignorance. Mais l'agrégat mérite d'être nommé : un marché unique qui rétrécit pour ses plus petits participants.
Qui fait quoi : la frontière que nous ne franchissons pas
La question qu'on nous pose le plus souvent est de savoir si nous enregistrons nos clients dans les vingt-sept États membres. La réponse est non — et la version utile de cette réponse, c'est qui le fait.
Le mandataire pour la responsabilité élargie du producteur est un tiers désigné par mandat écrit. L'article 45(3) impose à un producteur relevant des catégories qu'il vise d'en désigner un dans chaque État membre où il met pour la première fois des emballages à disposition, autre que celui où il est établi, et permet aux États membres d'exiger la même chose des producteurs établis dans des pays tiers. L'article 44(3) permet à un État membre de prévoir que les obligations d'enregistrement soient remplies par ce mandataire pour le compte du producteur. C'est un mandat et une responsabilité, et un éditeur de logiciel ne peut pas les porter. L'éco-organisme est l'autre tiers, et l'article 46 en est le siège : les producteurs peuvent lui confier l'exécution de leurs obligations de responsabilité élargie, et les États membres peuvent rendre ce recours obligatoire. L'organisme notifié en est un troisième — l'annexe VIII lui réserve un champ, à remplir le cas échéant.
PPWR Connect est un éditeur de logiciel. Nous ne sommes pas mandataire pour la responsabilité élargie du producteur, nous ne sommes pas éco-organisme et nous ne sommes pas organisme notifié. Ce que nous faisons, c'est la part qui vous reste quel que soit le tiers que vous désignez : tenir le dossier d'emballage, produire la déclaration à partir des données de l'unité, garder les preuves rattachées à la bonne version quand l'emballage change, et sortir les chiffres dans la forme que le mandataire et l'éco-organisme réclament.
Ce qu'une petite structure peut faire cette semaine
Poser la carte avant de compter le catalogue. Lister les États membres où vous mettez effectivement des emballages à disposition pour la première fois — pas ceux où vous avez des clients, pas ceux où votre site est lisible. C'est cette liste qui dimensionne tout le reste.
Établir le dossier, en commençant par la déclaration. C'est la seule obligation de cet article que notre référentiel confirme sans réserve, et c'est aussi celle que vous pouvez remplir seul. La déclaration UE de conformité suit le modèle de l'annexe VIII au titre de l'article 39(2), tire ses éléments de l'annexe VII et se tient à jour en continu — un document vivant rattaché à une version de l'emballage, pas un PDF signé une fois. Pour voir où se situe votre propre exposition, le diagnostic de conformité gratuit confronte votre rôle et vos marchés aux obligations qui vous atteignent. Pour le calendrier, notre note sur ce qui s'applique depuis le 12 août 2026 détaille ce qui a commencé quand.
Faire remonter sa situation là où elle est comptée. Si la charge décrite ici est la vôtre, les canaux qui l'enregistrent sont la commission des pétitions du Parlement européen, le portail public de retour de la Commission sur les dossiers législatifs, et vos propres députés européens — les voies que les organisateurs de la pétition citent eux-mêmes. Nous ne vous demandons pas de signer quoi que ce soit et nous ne prenons pas position sur la pétition. Les registres de consultation sont lus ; les anecdotes en fil de commentaires ne le sont pas.
Ce qui protège vraiment une petite structure
Deux pétitions sont arrivées sur le même texte par des directions opposées et ont fait, en substance, le même constat : une règle dont le coût de conformité est fixe se supporte d'autant mieux qu'on est gros. L'une a obtenu une réponse. Cette réponse recommande la retenue sur les amendes, ne lie personne, et n'atteint pas la branche de l'article 62 qui retire un emballage du marché au lieu de le faire payer. Rien de l'obligation n'a changé depuis le 12 août 2026, et rien du dossier que vous devez tenir non plus. La seule chose qui ait jamais protégé une petite structure ici, c'est un dossier d'emballage ordinaire et à jour — la déclaration, les preuves derrière elle, et une liste lucide des pays où vous vendez vraiment.